Le portage face au monde est un portage dit occidental, car aucun autre pays qui pratique le portage ne porte face au monde. Ce n’est pas une position pratique lorsqu’on travaille avec son bébé et ce n’est surtout pas la position la plus confortable pour vous et votre bébé. Sachant qu’en occident on travaille peu avec nos enfants, nous ne trouvons pas le même désintérêt pour ce type de portage qu’autre part dans le globe.
Concrètement, qu’est ce que le « face au monde » (ou face à la route). Les porte-bébés divers et variés proposent souvent cette alternative au portage pour les bébés qui manifestent l’envie de se tourner vers le monde.
Il est dommage de constater qu’on est peu, voir quasiment pas informé sur les avantages et les inconvénients de cette position de portage. Porter son enfant face au monde trop longtemps peut occasionner une sur-stimulation visuelle et psychologique pour le bébé. Celle-ci peut notamment amener chez lui des comportements hyperactifs.
Explication : Vous vous baladez en ville, visualisez la quantité d’informations que vous devez traiter et affronter : panneaux publicitaires, vitrines de magasins au mille couleurs, quantités de gens qui vous flolent, les voitures qui roulent et qui stationnent, le bruit ambiant… Et bien, ces informations, votre bébé va devoir lui aussi les appréhender. Si votre enfant a besoin d’un peu de stimulation pour son développement, il n’est pas nécessaire de le chargé autant. Il a bien le temps pour subir cette sur-stimulation visuelle et psychologique auquelle nous faisons face, nous adulte, quotidiennement.
Lorsqu’un bébé reçoit trop d’informations visuelles, la solution serait qu’il puisse s’en dégager dès qu’il en ressent le besoin. Dans la position « face au monde » autant dans une poussette que dans un porte-bébé, il ne peut pas se protéger des agressions exterieures sonores et visuelles (en se blottissant par exemple contre son porteur).
Pour autant, il n’est pas question d’interdire de porter face au monde. Il faut juste être prudent et proposer cette position le plus tard possible, au moins lorsque le dos et la nuque de l’enfant sont suffisamment toniques. Aussi, évitez de pratiquer ce portage dans des lieux bruyants et bondés et surtout trop longtemps. 10 à 30 minutes si vous vous baladez en forêt ou lors d’un repas familiale, est souvent amplement suffisant.
De nombreux porte-bébés, qui ont votre affection, proposent souvent une position « face au monde » avec un maintien au niveau des entre-jambes du bébé. Cette position n’est absolument pas physiologique pour votre bébé et pour vous non plus.
La photo que vous voyez à droite, est exactement ce qu’il ne faudrait pas faire. Le bébé est en suspension. Sa colonne vertébrale n’est pas soutenue. Elle est même tassée. Le poids du bébé repose sur les parties génitales. La circulation sanguine au niveau de ses jambes, ne peut pas se faire idéalement. Dans cette position il est impossible de placer le bébé en « grenouille » pour assurer le bon développement de ses hanches et surtout lui permettre d’être dans une position confortable.
Sur la photo à gauche, vous pouvez visualiser la mise en place de la position face au monde : du bouddha ou du lotus. Cette position est la plus physiologique pour vous et le bébé pour un face au monde.
Si vous ne trouvez pas cette position confortable, sachez que vous pouvez tout à fait porter votre enfant tourné vers l’extérieur en portant sur le dos avec le noeud kangourou par exemple ou sur le coté. Ces deux positions lui permettront de se blottir contre vous dès qu’il sera fatigué et vous pourrez le porter bien plus longtemps qu’avec la position face au monde.
Crédit photos : Marion, Rachel et Anne Lise (dans l’ordre d’apparition) Merci à chacune d’avoir permis d’illustrer cet article
Je partage avec vous un article que Murielle m’a fait découvrir il y a quelques semaines :
« Une sortie en poussette, le face à face s’impose » – Femme actuelle n°1169
Un chercheur l’affirme : dans sa poussette, bébé est mieux face à nous. Installé face au monde, il ne sourit plus !
Depuis quand les mathématiciens-philosophes s’intéressent-ils aux poussettes ? Depuis qu’Olivier Rey, chercheur au CNRS, a consacré une partie de son récent ouvrage au phénomène du retournement des poussettes (« Une folle solitude ; le fantasme de l’homme autoconstruit » ). Depuis toujours, les bébés étaient assis face à la personne qui les poussait. Et puis, dans les années 70, tout a changé : nous les avons orientés face au monde, où ils seraient certainement mieux ! Hypothèse qui ne convainc pas Olivier Rey. « Installés ainsi, les enfants ne sourient plus. A qui, à quoi adresseraient-ils leurs sourires ? Au monde ? Il n’était pas si mal que les enfants gardent un moment dans leur champ de vision la génération qui les a précédé », affirme-t-il. Nous voilà bien avancées… Les conseils de Suzanne Robert-Ouvray, psychothérapeute et psychomotricienne, pour vous faire votre propre religion !
Attention, la rue n’est pas de tout repos ! Gens qui courent partout, voitures qui pétaradent, chiens qui aboient, lumières qui clignotent, … N’en jetez plus ! Un nourrisson de moins d’un an n’est pas apte à gérer toutes ces stimulations : son système neurologique, pas encore mature, les vit comme des agressions. Nos enfants qui se promènent dans leur poussette ont donc besoin de pouvoir se raccrocher à tout moment à quelque chose de sécurisant pour affronter cette agitation : notre regard, notre sourire.
Le conseil de la psy : pour l’instant, bébé vit le monde uniquement à travers vos yeux qui lui servent de filtre et le protègent. Installez-le face à vous, sans état d’âme, il aura bien le temps de se tourner vers l’extérieur d’ici peu !
Toujours garder le contact avec lui
Quand il commence à marcher, au moins à quatre pattes, vers 12 mois, il n’a qu’une envie : aller de l’avant, explorer. C’est le moment de retourner le siège de la poussette dans le sens de la marche ! A cet âge, il a normalement emmagasiné suffisamment de sécurité affective pour affronter sans trop d’inquiétude ce qui est étranger. Il dit ses premiers mots : grâce au langage, il est moins démuni pour donner du sens à ce qu’il voit autour de lui. Attention, ce n’est pas une raison pour l’abandonner à lui-même, sous prétexte que nous ne voyons plus sa frimousse quand il est dans la poussette !
Le conseil de la psy : maintenez le lien de la parole en lui expliquant les choses et les gens que vous rencontrez. Entretenez un contact corporel en lui caressant les cheveux, la joue. Et puis de temps en temps, passez devant la poussette, l’air de rien, le temps par exemple de luire faire son lacet ou de lui remettre son gant.
(…) cela continue sur le moment où l’enfant ne veut plus être dans la pousssette.
Petit encart dans l’article
« Si vous lui faisiez prendre de l’attitude ?
De temps en temps, installez bébé dans un kangourou ! Il découvrira d’autres perspectives et vivra des expériences visuelles à la même hauteur que vous. Face à vous ou pas ? Dans un kangourou, peu importe ! Dès 4 ou 5 mois, on peut tourner bébé vers l’extérieur. Même s’il ne nous voit pas, il sent la chaleur de notre corps contre le sien, entend résonner les battements de notre coeur, ce qui le sécurise complètement. »
Merci Rachel pour ce post très intéressant. Moi aussi, j’ai vu sur de nombreux sites que le portage face au monde avec une écharpe n’est pas bon pour le bébé (et aussi le porteur car cela tire sur les épaules). Et sur un de ces sites, j’ai découvert le portage en lotus. Je porte de temps en temps ma fille de 7 mois comme cela (elle voit ainsi son grand frère jouer) mais pas plus de 20 min. Comme me disais une copine: c’est la télé de la rue. Par contre, jamais je ne la porterai avec les jambes pendantes.
Quand j’ai commencé à m’intéresser au portage, j’ai lu épouvantée les mises en garde sur le face au monde qui m’a alors semblé digne d’être interdit par la convention de Genève… Sérieusement, c’est clair que ce n’est pas un mode de portage idéal, mais utilisé avec un peu de mesure et de bon sens il n’y a pas non plus de quoi appeler l’ASE ou la PMI. Et dans certaines situations c’est bien pratique (pour une utilisation très ponctuelle, je trouve le croisé simple bien pratique, et si je mets le poussin face à moi il va se dévisser la nuque pour voir ce qui se passe autour). De toute façon c’est épuisant de porter longtemps dans cette position, donc ça devrait suffire à limiter le temps passé ainsi.
J’attends le pas à pas avec impatience (même si je porte surtout sur le dos, bien plus confortable pour tout le monde !).