Comme il nous est insupportable de ne pas trouver une raison aux pleurs du nouveau-né, après avoir épuisé tout le catalogue des explications habituelles (« rot coincé », faim, soif, sommeil, couche sale), et notre énergie par la même occasion, lors de la mise en oeuvre des solutions correspondantes, on finit par régler la question par une pirouette : l’enfant doit être en proie aux coliques du nourrisson. Difficile de réfuter cette affirmation, qui à la fois nous soulage (car on peut nommer le mal qui agite l’enfant) et nous rend confusément honteux (car on est plus ou moins conscients de la « bonne excuse » ainsi trouvée). Personne ne peut mettre le doigt sur les coliques du nourrisson. Elles ne se voient pas. Elles ne se mesurent pas.
Du coup, elles ressemblent à cette catégorie « autres » utilisée dans les questionnaires pour regrouper les réponses qui ne rentrent pas dans les cases prédéterminées.
On peut dire que le passage du nouveau-né au bébé (le « poupon » de trois mois !) marque aussi le changement de subterfuge : lorsqu’on n’arrive pas à trouver la raison des pleurs du bébé, c’est qu’il doit faire ses dents. Et faire les dents, ça se fait en plusieurs étapes, avant que la dent montre son nez. Du coup, la poussée dentaire reste une activité mystérieuse, quelque peu subversive, qui se déroule dans les coulisses des gencives du bébé. Donc ça ne se voit pas.